19 janvier 2014

Chauffards (3)

Il a acheté une belle grosse voiture rutilante, dont la taille du pot le rassure sur ses appendices virils. Dedans, il se sent puissant et racé comme ce bolide qui lui a coûté un bras, mais quand on veut épater la galerie, on ne compte pas. Il aime la route, qui le lui rend bien, laissant filer sa caisse sur des kilomètres d’asphalte triomphant. Vous ne pouvez décemment pas entraver sa progression princière avec votre tas de boue. Faire baisser sa glorieuse moyenne est un crime de lèse-majesté. Il vous doublera à coups d’appels de phare agacés. Il a tendance à considérer que son véhicule est l’ornement d’une rue, raison pour laquelle il n’hésite pas à le stopper devant l’endroit où il se rend, mal voire pas garé se foutant royalement que vous ayez à le contourner laborieusement. En général, vous voyez avec jubilation un bus arriver, dont la corne de brume le klaxon prolétaire saura ramener l’impudent à la raison. Ces cégétistes de la RATP ont l’appel facile aux forces de l’ordre. 

Dans les parkings étriqués, il n'hésite pas à occuper une place et demi, certain que le luxe flamboyant de la carrosserie tiendra à distance les masses populeuses et leurs charrettes. Vous pesterez en silence contre le friqué malotru avant d'aller vous garer au fond, entre une épave et un vieux combi VW.

Seuls les bouchons le ravalent à votre allure de tortue rhumatisante. Piètre consolation que d'inhaler les vapeurs de son gros pot.

J’ai un jour croisé un clodo qui n'urinait que sur de belles portières, manière de marquer son territoire à sa façon. Et je rêvais à la surprise pisseuse de l’heureux propriétaire d’une prestigieuse marque allemande, italienne ou anglaise (les voitures de luxe ne sont jamais françaises).

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