Il ne sait
conduire que sa voiture, toujours sur des trajets familiers, et courts. Mais il
est prudent. Jusqu’à l’exaspération. Il conduit comme au dernier jour
d’auto-école, il y a maintenant 35 ans, les mains posées à 10h10 sur le
volant. Il respecte scrupuleusement le code de la route, et il connait par cœur
son trajet. Votre malheur, c’est de l’avoir croisé le jour où il emmenait Mémé
chez son gastro-entérologue. Non seulement il est perdu _ les flatulences de
Mémé, pour odorantes qu’elles soient, sont un phénomène récent _ mais en plus
il transporte une boite d’œufs frais du jour presque-malade. Il prend
ses ronds-points comme un jour de verglas alors qu’il fait un bon 32°C par
ce beau jour d’été. Il change aussi de direction avec résolution, et une lenteur
agaçante. Son GPS et son clignotant, sa femme qui lui indique aussi la route mais pas la même que Tom-Tom et son chargement lui donnent tous les
droits. Il roule à 35 km/h, même sur les passages piétons. Mémé et ses pets ne
peuvent pas attendre que Nounou ait traversé avec son wagon à bestiaux
sa poussette triple.
Variante :
il anticipe tellement ses trajectoires que vous l’avez doublé à droite,
végétant sur la voie de gauche à 3,5 kms de sa sortie d’autoroute. Mais comme
il connait son code de la route, lui, il vous a fait des appels de phares.
Insistez un peu, il contactera la maréchaussée.
Autre
variante : ce con de le gastro-entérologue loge près du rond-point de
l’Etoile et vous voyez avec horreur le tâcheron s’engager dans cet enfer. Pas
de panique, c’est le seul qu’il maîtrise (avec celui de Nation), puisque
personne n’a eu l’idée saugrenue d’y laisser la priorité à ceux qui s’y
trouvent déjà. Par contre, vous pouvez vous méfier sur les autres sens
giratoires : il ne vous laissera jamais passer, considérant ces nouvelles règles comme de funestes inventions.
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