Et puis il y
avait toi, l’adjoint de la productrice, ton physique banal et ton humour
lourdingue. Mon bureau était dans un passage. La première fois que j’ai senti
frôler mes fesses, je n’ai pas réagi, j’avais décidé que c’était par inadvertance.
Tu voulais m’inviter à boire un café, une bière par cet été chaud et lumineux.
Tu m’as même invitée au restau, moi, la stagiaire, mais en cachette, de sorte
que les autres ne t’entendent pas. J’avais l’esprit occupé d’un visage
ambré aux yeux d’or. Je ne te voyais pas, je ne voyais personne. Je ne t’écoutais
pas non plus. J’ai refusé négligemment, sans y penser. Ce n’était pas
important.
Un jour, tu m’as
franchement mis la main au cul. J’ai repensé aux autres frôlements, je te
trouvais maladroit. Je crois que mes yeux étaient aussi durs que de l’obsidienne
quand je t’ai dit : « t’as pas le droit ». Tu as répondu : « j’ai
tous les droits. Après ton stage, tu peux avoir un CDD, mais pour ça, il faut
que tu sois accommodante ». Ben non. T’as pas le droit. Je ne te le donne
pas, ce droit de m’imposer ta chair importune. Garde ta suffisance de mâle, ta
misère sexuelle et ton pouvoir minuscule. La télé ne me fait pas assez rêver
pour te céder.
J’en ai
parlé. En pure perte. On considérait ces pressions comme un mal inévitable. Et
surtout, on se consolait en constatant que ça n’avait jamais marché. Ah ?
Et si un jour, ce type parvient à ses fins ? Ce jour-là, on verra…
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