7 mai 2013

Prince des menteurs

Le marchand de sable est passé déverser des tombereaux sur mes paupières. A ce rythme, je parie qu’il va vider le Sahara. Pourtant, la musique, l’écran et le clavier me retiennent dans ce fauteuil. J’écris et je réponds, je lis et j’apprends. Voilà longtemps que Nicolas et Pimprenelle les vikings sont allés ranger leurs pyjamas proprets entre des draps frais.

La fatigue de la journée finit par peser sur mes épaules. Et mon oreiller lance des appels pressants. Une douche chaude sur mon dos, quelques ablutions expédiées en jetant un œil sur mon roman, dans la buée de la salle de bain. Je me love dans la couette, binocles sur le nez, le livre à la main. La touche délicate de Morphée passe entre les lignes. Je me laisse bercer de mots. Le Prince de tous les menteurs insiste, brouille les lettres à ma vue. Mon poignet pèse une tonne. Un geste las dépose les lunettes, règle le réveil, futur bourreau de mon sommeil. Je sombre, et il me semble entrevoir les ailes grises du frère de la Mort et du Désir. Morphée est un compagnon trompeur, il ne tient pas ses promesses. Il me rend visite toutes les nuits, amant volage et fragile, et ne me laisse aucun souvenir. Au matin, seules de vagues impressions de ce ravisseur indulgent surnagent dans les sons de la radio. Elles sont souvent agréables, et plus volatiles qu’une plume. La plume de l’ange du sommeil.

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