La fatigue de
la journée finit par peser sur mes épaules. Et mon oreiller lance des appels
pressants. Une douche chaude sur mon dos, quelques ablutions expédiées en
jetant un œil sur mon roman, dans la buée de la salle de bain. Je me love dans
la couette, binocles sur le nez, le livre à la main. La touche délicate de Morphée
passe entre les lignes. Je me laisse bercer de mots. Le Prince de tous les
menteurs insiste, brouille les lettres à ma vue. Mon poignet pèse une tonne. Un
geste las dépose les lunettes, règle le réveil, futur bourreau de mon sommeil.
Je sombre, et il me semble entrevoir les ailes grises du frère de la Mort et du
Désir. Morphée est un compagnon trompeur, il ne tient pas ses promesses. Il me rend visite toutes les nuits,
amant volage et fragile, et ne me laisse aucun souvenir. Au matin, seules de
vagues impressions de ce ravisseur indulgent surnagent dans les sons de la radio. Elles sont souvent
agréables, et plus volatiles qu’une plume. La plume de l’ange du sommeil.
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