6 mai 2013

Mi-temps

Mes amours, quand votre père quitta enfin la maison, ce n’est pas son absence qui laboura mon âme, c'est la vôtre, la vôtre une semaine sur deux. Je suis mère à mi-temps et je vous aime tous les jours. J’ai vécu de longs soirs pendant que vos soupirs n’habitaient pas les chambres au-dessus du salon.
Aujourd’hui, quand votre turbulente présence déserte les lieux, je pousse parfois un ouf de soulagement et j’envisage avec gravité l'étable qui me sert de demeure le chantier de tâches domestiques. Toute la semaine que je vous consacre, je cours et je vole, je change de rôle le matin et le soir. L’autre semaine est désormais à moi et vous me manquez moins. On s’habitue à tout.
Et quel bonheur au long des semaines de vous entraîner dans mes pérégrinations, de vous faire découvrir ce que j’aime ou ce qui vous intéresse, de vous transmettre les rues de Paris, les pizzas aux tomates fraîches, les primevères décapitées par un ballon, la statue d’un empereur, le tableau d’un sacre, l’herbe mouillée d’un parc, et plus loin, la silhouette du Colisée, les jardins de Grenade…
Nous avons encore bien des merveilles à partager, bien des rires à faire éclater. A mi-temps

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