Ma plus
grande joie n’est pas là. Tu regardes à la télé des émissions que j’ignore, tu
écoutes des musiques très différentes de ma play-list. Au détour de nos conversations, tu me
racontes ce qui se passe dans la lucarne, je te dis ce que j’ai lu. Puis ce
jour-là, j’ai dit que j’étais en train de relire Stéphane Hessel à cause d’une
chanson. Et cette chanson, je te l’ai
passée, avec d’autres qui ne te plairont sans doute pas. Tu as dit que tu le
lirais bien, ce petit manifeste du père des Indignés. Le lendemain, le livret
était sur ton bureau. Voilà, tu ne bouqines pas, tu regardes la télé, nos cultures
et nos références pourraient difficilement être plus différentes ici et
maintenant. Tu lis Stéphane Hessel, comme moi.
Le manifeste,
tu l’as toujours. En échange, tu m’as ouvert une porte musicale sur cette
culture que tu préserves et que tu transmets. Avant toi, avant la France, il y
a un génocide. Un plus ancien, plus lointain que l’holocauste du temps de mes
grands-parents. Les tiens sont venus avec ce crime inimaginable. Et toi, de ce
pays que tu connais à peine, de ces ancêtres fauchés et exilés, tu as rapporté
les plus beaux airs et tu m’as offert une berceuse.
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