17 avril 2013

Et la mer, encore, à son réveil, qui est apaisement, à cette heure-ci, sensible jusque sur la plus lointaine, la plus pauvre place de cette ville : le macadam luisant comme le pont d’un paquebot lavé à l’aurore et que sèche le même vent rapide et désordonné. Il faudra que je les mène aux environs de la ville, aux bords du Lez, à ce coin de verdures et d’eau tranquille. Ce qu’il y a de ce tableau champêtre bien composé, de Poussin surtout, dans ces paysages de petits fleuves au voisinage de la Méditerranée. Et que je leur montre de plus près ces jardins de la banlieue blanche. Oi khpoi. Tout à fait ça : derrière les murs blancs, que longe une rue profondément tapissée de poussière, il y a le joli khpos frais, plein de verdure, de fleurs et d’eaux vives ; El les bois sacrés sur les collines, la campagne civilisée, arrangée par les architectes pour servir de fond aux rues, aux avenues et aux terrasses de la ville. Entre les panaches des pins maritimes, la ville toute raide et archaïque regarde la garrigue tachetée de touffes de buis et de romarin, et plus bas les oliviers et les cyprès, et plus loin Latte, et les lagunes, et Maguelone et le long, mince reflet de fer-blanc au bord du ciel. La campagne autour de Mégare. Il faut que ces deux enfants de la grâce connaissent mieux cette gracieuse cité. Elles n’ont pas encore vu l’arc de triomphe au seuil de la grande terrasse qui est une solitude d’eaux prisonnière et de pierres dévorées par des siècles de lumière, et le petit temple derrière lequel l’aqueduc commence sa marche ininterrompue, une jambe pour chaque pas, jusqu’aux collines qui bornent l’horizon.

Valéry Larbaud, Amants, heureux amants…

1 commentaire: