Mais que m’a-t-il dit, ce vieillard ? rien de senti,
rien d’attendri, rien de pleuré, rien d’arraché de l’âme, rien qui lui vint de
son cœur pour aller au mien, rien qui fut de lui à moi. Au contraire, je ne
sais quoi de vague, d’inaccentué, d’applicable à tout et à tous ;
empathique où il eut été besoin de profondeur, plat où il eut fallu être simple ;
une espèce de sermon sentimental et d’élégie théologique. Çà et là, une
citation latine en latin ; Saint Augustin, saint Grégoire, que sais-je. Et
puis, il avait l’air de réciter une leçon déjà vingt fois récitée, de repasser
un thème, oblitéré dans sa mémoire à force d’être su. Pas un regard dans l’œil,
pas un accent dans la voix, pas un geste dans les mains.
(…)
Qu’on m’aille donc, au lieu de cela, chercher quelque jeune vicaire,
quelque vieux curé, au hasard, dans la première paroisse venue, qu’on le prenne
au coin de son feu, lisant son livre et ne s’attendant à rien, et qu’on lui
dise :
- - Il y a un homme qui va mourir et il faut que ce
soit vous qui le consoliez. Il faut que vous soyez là quand on lui liera les
mains, là quand on lui coupera les cheveux ; que vous montiez dans sa charrette
avec votre crucifix pour lui cacher le bourreau, que vous soyez cahoté avec lui
par le pavé jusqu’à la Grève, que vous traversiez avec lui l’horrible foule buveuse
de sang ; que vous l’embrassiez au pied de l’échafaud, et que vous restiez
avec lui jusqu’à ce que la tête soit ici et le corps là.
Alors qu’on me l’amène, tout palpitant, tout frissonnant de
la tête aux pieds ; qu’on me jette entre ses bras, à ses genoux ; et il pleurera et nous pleurerons, et il sera éloquent, et je serai consolé, et
mon cœur se dégonflera dans le sien, et il prendra mon âme et je prendrai son
Dieu.
Victor Hugo, Le dernier jour d’un Condamné
Ceux qui jugent et qui condamnent disent la peine de mort
nécessaire. D’abord_ parce qu’il importe de retrancher de la communauté sociale
un membre qui lui a déjà nui et qui pourrait lui nuire encore _ s’il ne s’agissait
que de cela, la prison perpétuelle suffirait. A quoi bon la mort ? Vous
objectez qu’on peut s’échapper d’une prison ? Faites mieux votre ronde. Si
vous ne croyez pas à la solidité des barreaux de fer, comment osez-vous avoir
des ménageries ?
Pas de bourreau où le geôlier suffit.
Mais reprend-on, _ il faut que la société se venge, que la
société punisse. _ Ni l’un, ni l’autre. Se venger est de l’individu, punir est
de Dieu.
La société est entre deux. Le châtiment est au-dessus d’elle,
la vengeance en-dessous. Rien de si grand et de si petit ne lui sied. Elle ne
doit pas « punir pour se venger » ; elle doit corriger pour améliorer.
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