5 avril 2013

Au fond

Vendredi, 12h47.

Je me suis levée tôt ce matin pour accompagner Viking n°1 au collège, il part en car pour une sortie. Comme c’est le dernier jour de la semaine avec les enfants, j’ai passé un peu plus de temps avec eux, nous avons moins couru.
A 12h47, ma réunion sera sur sa fin, achevée ou en voie de se finir. Nous aurons fait le point sur les transformations de l’industrie du cinéma.
Habillée neutre et un peu chic _ je suis de représentation, jupe, veste et bottes noires, haut beige. J’écoute la présentation qui se déroule aussi sur les écrans de cette salle haut perchée. Ça sent le café et le parfum féminin, discret, sucré.

12h47, je sirote dans mon gobelet en écoutant cette jolie femme agréable. J’aime bien sa voix. Elle pourrait débiter des inepties pendant des heures, je l’écoute pour le seul plaisir de la musique et du choix délicat de ses mots. Je vais hisser mon sac sur mon épaule et regagner ma voiture pour être à l’heure à ma prochaine réunion et avoir le temps de croquer la pomme de mon déjeuner en lisant le dossier. C’est une Fuji, parfumée et douce, la variété préférée de Viking n°2. Le stylo dans une main, le fruit dans l’autre.

12h50, je ferme la portière, la voiture était garée en bas, chance. Je mets le contact, la musique emplit l’habitacle. J’enlève mon manteau mais je garde mes gants, de beaux gants en cuir très souple.

Je pense à toi ma douce, mon Amazone. J’arrive au périphérique, je serai bientôt sur l’autoroute, vite arrivée à cette heure. Je pense à toi et à tes morveux élèves.

J’ai secoué les Vikings, qui s’étaient fait attraper par leurs enseignants. Je leur ai rappelé que certains enfants ne vont pas à l’école, qu’ils aimeraient avoir cette chance.

12h53. Je conduis nonchalamment, mes pensées sont tournées vers toi, je te sais assise dans ta salle de classe, avec l’ordinateur qui ronronne près de toi, et cette présentation que tu as fignolée tard hier soir pour ces petits cons ados.

13h01 ça roule vraiment bien. Je vais peut-être même avoir le temps de m’acheter un sandwich. J’espère que tu as trouvé ta concentration et que tu penses à poser ta voix, à respirer. Tu te souviens ce que disais mon père ? L’oxygène est le premier carburant du cerveau. Respire lentement, posément, à fond. Reprends ton souffle, ma douce. Tu ensemences ces jeunes esprits. Un jour, ça poussera. Pas partout, mais ça germera.

http://www.dailymotion.com/video/x1pffi_la-securite-de-l-emploi_music#.UWR4RJNA3Zh

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