28 février 2013

Première personne

J’ai ouvert le cahier noir sur mes notes prises à la hâte cette semaine, en réunion, à la pause de midi, trop courte, toujours trop courte, ces mots jetés entre les lignes en rentrant, pour ne pas perdre le fil. J’ai refermé le cahier. Je sais ce que je vais écrire.

Je ne comprends toujours pas, vingt ans après, quel génie littéraire tu as pu trouver à ces récits que j’ai écrits à la fac, pendant des soirées entières. Les cahiers sentent le vieux papier, mes histoires ne ressemblent à rien.

J’écris. Je n’écris plus pour me vider, je n’ai plus besoin de cette catharsis. J’ai brûlé cela. Dans mes textes, il n’y a plus de moi que de maigres détails, le chat, l’atmosphère d’un soir, un roman que j’ai lu. J’écris à la première personne, et quand c’est un homme, c’est jubilatoire. Se glisser dans la peau d’un autre, une peau dont je ne connaitrai jamais que la surface, raconter des sentiments et des sensations que je n’éprouve pas. Exercice de style et de projection. Parfois, la distance n’est pas assez grande et toi qui me connais si bien tu reconnais mes mots dans les dialogues des personnages.

Mais c’est enivrant d’explorer des émotions. La jalousie, la soumission, l’attachement, la peur, la haine, l’indifférence…

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