Vous étiez la
figure emprisonnée de mes premiers combats politiques. Quand je signais des
pétitions de la Ligue Communiste Révolutionnaire pour votre libération, quand
je boycottais les oranges, quand j’écoutais mon père, provocateur, m’expliquer
que l’Afrique du Sud, c’était le seul pays du continent à ne pas sombrer dans
la misère, la famine ou la guerre.
Ecouter Johnny Clegg, à l’époque,
c’était afficher ses choix politiques en dansant comme un zoulou. Remarquez, ça
changeait des Garçons Bouchers. En termes de chorégraphie surtout. Il fallait
sauter plus haut.
Vous étiez la
figure d’un pays libre exposé à tous les risques, une nation pas encore arc-en-ciel
(j’aime bien ces couleurs, allez savoir pourquoi). Vous avez su trouver les
forces vives et faire les choix qui ont évité le chaos.
J’ai choisi
votre magnifique patrie réconciliée de peu pour célébrer mon bail renouvelable
(mais précaire) avec le père de mes enfants. Au-delà de la joie de ce voyage, je
ressentais l’énergie d’un peuple pas encore soudé, qui se cherchait et parfois
se trouvait. Vous nous avez prouvé que la politique n’est pas toujours un monde
mesquin, que le courage parfois, c’est de vouloir la paix et de se battre pour
elle, en posant les armes.
Aujourd’hui,
vous entrez au Panthéon immatériel des grands hommes. Je parlerai de vous à mes
vikings, que vous auriez crus afrikaners. Je parlerai de vous avec l’admiration
qu’il faut, sans oublier votre parcours. Je leur rappellerai aussi que tout a
commencé là pour Gandhi, même si vous n’avez pas suivi sa voie
pacifique.
Au revoir M.
Mandela. Vous avez éclairé ce monde brutal de lueurs d’espoir.
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