12 août 2013

Deux

Quand je me les rappelle, ce sont deux grands sourires qui viennent à ma mémoire. Deux bouches unies par un même éclat de joie. On ne pouvait imaginer personnes plus dissemblables : l’une, petite, sèche, brune de peau et de cheveux, les yeux noirs perçants, la voix grave, l’autre, haute et ronde, rose et gris doux, enveloppante, confortable.  Leurs pas s’accordaient, leurs rires coulaient ensemble. On ne parlait d'elles qu'ensemble, indissociables. Elles apportaient des montagnes de pelotes et des patrons, elles passaient des heures enjouées dans le salon. Leurs visites étaient des fêtes à mes yeux d’enfant. On servait le thé avec de délicieux gâteaux, et je me plongeais avec ravissement dans leurs bavardages. Je me souviens aussi qu’elles emportaient les peines de ma grand-mère.

J’aimais tout particulièrement la tendresse qu’on sentait circuler entre elles. Des gestes retenus et gracieux, des ébauches de caresses. Elles s’aimaient si simplement, si souverainement que cela me paraissait enviable. Je trouvais leur existence bien plus harmonieuse que celle de mes modèles _ mes parents se déchiraient, mes grands-parents s’ignoraient avec haine. Pourtant, il y a trente ou quarante ans, vivre en couple, pour deux femmes, n’avait rien d’évident.


Je me rappelle deux grands sourires, deux vies unies, deux personnes qui s’aimaient

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