6 mars 2013

Poivre et sel

Mon amie de toujours, ma tendre amie, mon refuge cérébral. J'aime ta fidélité et les masques qu'elle me permet de porter. La vérité ? J'ai vieilli, durcie de mille regrets, et mes jolies mèches blondes ont disparu, comme le reste, avec les années.

Des années que je porte des mèches blanches, plutôt classe à 18 ans, plutôt distingué à 30, mais vieillot à 45. Il faut me rafraichir le visage et la jeune femme de l'Institut provincial un peu chic que je fréquente une fois tous les 6 mois va recommencer : "pourquoi ne pas vous rajeunir avec quelques mèches ? Cela se fait beaucoup, les femmes de votre âge apprécient toujours. Ce serait plus dynamique."

Je suis très fière des mèches blanches qui ne m'ont jamais quittée. Je suis très fière de mes rides qui s'accumulent et annoncent fièrement ma cinquantaine naissante. Je suis fière de porter les stigmates de mon âge, et j'espère avoir à 95 ans les rides rieuses et le regard embrumé et pétillant de mon aïeule qui avait oublié d'être sage. Je rêve secrètement de vous donner le goût du vieillissement. Cela ne se fait plus, d'être vieille, d'être grasse, d'être flétrie. On peut préférer les fleurs fraîches aux pots pourris, mais décidément je refuse de faire décoration !

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