26 mars 2013

Escapade au pays des trolls

Premier jour : il fait froid, humide, la lumière est basse. D’élégantes jeunes filles blondes, des femmes maquillées sûrement, marchent vite sur les pavés propres de la ville, les bras alourdis de leurs fins de journées de shopping. Toutes sont chargées de plusieurs (oui plusieurs) de ces grands sacs en papier cartonné et à la poignée de tissu, coloris sobres et harmonieux au pays du design et du développement durable. Du nord au sud, du sud au nord, de l’est à l’ouest, de l’ouest à l’est, du port au centre, de quelque point de la ville où je me situe, du shopping, du shopping, du shopping.  Arghhh. C’est ma troisième visite et j’aurais dû l’éviter.

Deuxième jour : il fait froid, humide, la lumière est basse et tamise l’air. Les murs légèrement colorés des bâtiments font des tâches d’eau forte jaune, bleue ou vert d’eau, légères. Ici et là des statues de bronze sur lesquelles goûte une rosée fraichement dégelée jalonnent mon parcours. Je lis les noms de ces héros locaux à l’orthographe à la fois rugueuse et chantante. Des enfants se promènent, protégés par des anoraks et des pantalons de pêcheurs aux couleurs vives : du vert prairie, du rose fuschia, du bleu roi. Petites fleurs de printemps dans l’hiver qui persiste. C’est ma troisième visite et je me sens accueillie.

Troisième jour : il fait froid, humide, la lumière est basse mais je sens le soleil si près, si délicat, si doux, comme un pétale de pensée balayé par le vent glacé. Les canaux sont gelés, les entrées des ports sont pris par une banquise parfois craquelée. Seuls s’y risquent quelques canards-dodus. Tout est merveilleusement blanc et bleuté, toutes les lignes sont épurées par ce jeu des glaces qui se fendent. Quelques joncs jaunis pendant de longs mois s’en échappent en touffes.  Je respire et cherche l’odeur des lichens qui persistent au pied de quelques arbres. De la poudre de neige ici, des cristaux de grésil là, de fragiles étoiles qui se subliment au soleil, des stalactites éphémères le long d’un rocher rouge, il fait bon loin de chez soi.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire