Deuxième jour : il fait froid, humide, la lumière est
basse et tamise l’air. Les murs légèrement colorés des bâtiments font des
tâches d’eau forte jaune, bleue ou vert d’eau, légères. Ici et là
des statues de bronze sur lesquelles goûte une rosée fraichement dégelée jalonnent
mon parcours. Je lis les noms de ces héros locaux à l’orthographe à la fois
rugueuse et chantante. Des enfants se promènent, protégés par des anoraks et
des pantalons de pêcheurs aux couleurs vives : du vert prairie, du rose
fuschia, du bleu roi. Petites fleurs de printemps dans l’hiver qui persiste. C’est
ma troisième visite et je me sens accueillie.
Troisième jour : il fait froid, humide, la lumière est
basse mais je sens le soleil si près, si délicat, si doux, comme un pétale de
pensée balayé par le vent glacé. Les canaux sont gelés, les entrées des ports sont
pris par une banquise parfois craquelée. Seuls s’y risquent quelques
canards-dodus. Tout est merveilleusement blanc et bleuté, toutes les lignes
sont épurées par ce jeu des glaces qui se fendent. Quelques joncs jaunis pendant de longs mois s’en échappent en touffes. Je respire et cherche l’odeur des lichens qui
persistent au pied de quelques arbres. De la poudre de neige ici, des cristaux
de grésil là, de fragiles étoiles qui se subliment au soleil, des stalactites
éphémères le long d’un rocher rouge, il fait bon loin de chez soi.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire