10 janvier 2013

Camping

Une grande colère tout à l’heure en allant prendre l’autoroute. Le long d’un bout d’espace vert, entre la rue qui monte, la bretelle d’autoroute et les hôtels il y avait un campement de fortune. Pas un lieu-d’accueil-des-gens-du-voyage comme les communes sont obligées d’en installer, comme chez moi, où a aménagé derrière la déchetterie (arghhh) un presque camping. Non, un campement, un début de bidonville, avec des clochards en déshérence et des vrais Roms sans caravane. Ces campements fleurissent le long du périphérique, sous les ponts, dans les friches en Ile-de-France. Visage de la misère, des exclus du logement, des usagers de la rue, équipés de vieilles Queshua distribuées par les associations et récupérées, rafistolées en attendant l’hiver. Mais juste un abri contre le froid qui se fait mordant la nuit et au petit matin. Ces campements doivent être évacués.
Ben ce campement qu’on ne voyait pas, qu’on devinait aux enfants et aux ados qui jouaient au foot le long de la rue, aux parents qui revenaient avec des cabas improbables chargés de denrées du centre commercial et aux nombreux petits mendiants qui hantent les abords des distributeurs bancaires, il a été évacué cet après-midi. Les flics ont fait des tas avec les affaires des occupants, amoncellement dérisoire de biens nécessaires, indispensables, vieux duvets, bidons-barbecue-réchauds, caddies chargés jusqu’à la gueule de richesses sans valeur, fonds de poubelles récupérés pour faire un capital-survie.
Je ne suis pas en colère contre les flics. Ils ont fait patiemment et plutôt respectueusement leur travail en rassemblant gens et possessions minables.
Je ne suis pas en colère contre ce sous-préfet croisé avec ses attachés, qui arpentait les abords de ce bidonville.
Je ne suis pas en colère contre la mairie ni ses fonctionnaires planqués dans un immeuble près de mon bureau, envahis par ces sans-toits qui squattent le trottoir.
Je ne suis pas en colère contre ces représentants des associations, qui soutiennent cette misère en se joignant à eux devant les bureaux de la mairie, et dont j’ai pu apprécier le cynisme à de nombreuses occasions.
Je suis en colère parce que je suis dans mon salon, qu’il y fait bon, que ma maison est confortable, éclairée. Je suis en colère parce que je n’ai rien fait. C’est con. Le problème du logement dans cette région est bien plus compliqué que la situation de ces évacués sans solution, qui dormiront sans doute sur leur trottoir. Le droit au logement n’a créé qu’un nouvel ordre dans la file d’attente. Votre dossier est en haut de la pile. Dès que quelque chose se libère, on vous le propose.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire